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MOUKOURI MOUELLE : UN PIONNIER OUBLIE

Par : Edith Flaure MIPO TCHINKOU, Architcete ONAC N°412

A l’occasion de la célébration de la journée mondiale de l’habitat édition 2021 sous le thème: « Accélérer l’action urbaine pour un monde sans carbone », nous avons tenu à rendre hommage à celui qui fut le tout premier camerounais à suivre une formation académique et professionnelle permettent de donner à nos villes un paysage urbain acceptable du point de vue réglementaire et opérationnel: nous l’avons nommé MOUKOURI MOUELLE.

Qui était MOUKOURI MOUELLE ?

Moukouri Mouellé, premier camerounais diplômé en architecture (1959)

Né au Cameroun en novembre 1925, Moukouri Mouellé est le tout premier camerounais diplômé en Architecture à l’École spéciale d’Architecture de Paris en 1959. Après ses études en 1959, il retournera dans son Cameroun natal à la fin de la même année. Il va travailler successivement aux Travaux publics à Douala et à Yaoundé.

Il ouvre son cabinet d’architecture en 1961 (dans un immeuble R+1 en face de l’ancien Palais présidentiel, aujourd’hui Musée national), où il aura Armand Salomon comme projecteur.[1] Il faut préciser que lorsque Moukouri M. arrive au Cameroun; il ne trouve pas quelqu’un de compétent avec qui travailler et c’est alors qu’il rentre en France pour en chercher un et c’est alors qu’il amène le franco-juif Armand Salomon au Cameroun pour être son assistant. Ayant découvert et apprécié les compétence de son projecteur, il va le renvoyer en France pour finaliser ses études en Architecture; il le fait à ses frais.

Après donc avoir terminé ses études en France, il reviendra au Cameroun après le décès de Moukouri Mouellé.[2]  En effet, Moukouri Moullé décède à Yaoundé en 1963, juste après deux années d’exercice de la profession d’Architecte. Mais malgré le temps trop court, il aura marqué de son empreinte l’histoire de l’architecture et celle des architectes au Cameroun.

 

 

Il est l’auteur de plusieurs œuvres architecturales au Cameroun, à savoir:

 

  • La résidence de l’ambassadeur d’Italie au Cameroun (Yaoundé) ;
  • Les deux grands bâtiments du MINFI (en collaboration avec Armand Salomon) avec pignon sur la rue allant à l’ancien Palais présidentiel ;
  • Les maisons des Hôtes du Mont Fébé ;
  • l’immeuble abritant le Ministère des Transports;
  • Le bâtiment circulaire en face du Ministère des sports;
  • La maison familiale à Douala Koumassi (1962) inachevée avant son décès ;
  • L’immeuble du Ministre KAMGA (situé en face de Cameroon Airlines, aujourd’hui CAMERCO) ;
  • Le collège Moukouri à Nkoldongo qui deviendra après son décès Collège Privé Pilote (où le Pr Ebénézer JOH MOUELLE, alors étudiant à l’École normale supérieure, va enseigner le français en classe de 3ème );
  • Premier bâtiment MINSANTE ;
  • Au Mont Fébé, il envisageait construire une maternité sur une superficie de 3000m².

Moukouri Mouellé (portrait fait en ligne)

Le décès de ce pionnier ne constituera pas une source de découragement pour son frère cadet qui lui aussi nourrit ce désir de devenir architecte. Seulement, MOUELLE – MOUELLE Maurice également produit de la même école (École spéciale d’architecture de Paris) décède peu après l’obtention de son diplôme en Architecture. Mouellé Moullé Maurice tombe malade au Cameroun et revient en France en 1974 pour suivre un traitement approprié. Malgré tous les efforts des médecins, il rangera son crayon la même année, non sans avoir encouragé son neveu SOPPO MOUELLE à devenir architecte pour combler le vide dans la famille, car il doutait fort de s’en sortir de cette maladie.Comme réalisation, Mouellé Mouellé Maurice a commencé le projet de l’hôtel de ville de Yaoundé avec Armand Salomon avant de tomber malade, projet qui sera réalisé en 1978 sur un site précédemment dédié aux activités hippiques.

Le neveu (SOPPO MOUELLE) qui a obtenu son Baccalauréat en France en 1974, est passionné par l’Ingénieure et la Médecine (Gynécologie) mais son oncle qu’il rencontre chez Jean Jacques EKINDI pendant l’été 74 va le convaincre, voire l’obliger à faire architecture. Il va donc l’obliger à faire un stage bloqué de 3 mois pendant lequel il va l’initier à l’architecture. C’est ainsi qu’au mois d’octobre de la même année, il va s’inscrire aux Beaux-Arts de Paris où il entre en Unité pédagogique 1 où il rencontrera Laurence NGOSSO, qui deviendra la première femme inscrite au tableau de l’Ordre des Architecte du Cameroun en 1982 année de son retour au Cameroun (« à son arrivée, elle porte une double casquette: celle de première femme architecte du pays et de première architecte formée à l’étranger. Susceptibilité et curiosité se mêlent chez ses confrères lorsqu’elle intègre le ministère de l’Équipement chargé des constructions de l’État. Ici, elle est chargée des constructions civiles et des palais nationaux« ). Il va également y rencontrer des ainés tels que Albert MOUYEME, Aristide EKINDI, London BELL, Etc.

On note ici que Moukouri Mouellé étant le précurseur de l’Architecture au Cameroun, la plus part d’Architectes de cette époques sont Sawa. Selon Soppo Mouellé, « l’Architecture à cette époque était réservait aux Sawa, une espace de chasse gardée sous ce cliché qui veut que l’homme Sawa soit celui qui aime les bonne choses« . Quelques années plus tard que le métier sera ouvert et va intéresser  des jeunes compatriotes d’autres horizons soucieux de changer le paysage architectural du triangle national.

Soppo Mouellé finis son cursus au bout de 5 ans au lieu de 6 puisque ayant finalisé le nombre de crédits requis pour la formation en Architecture, soit 72. Seulement, il ne peut pas soutenir puisque la règle voudrait que la formation soit bouclée au bout de 6ans. C’est alors qu’il prend une année sabbatique pendant laquelle il revient au Cameroun et fait un stage à la SEDA (Société d’Études pour le Développement de l’Afrique), alors sous la direction de MOUEYEBE Adolphe (époux de la sœur cadette de Moukouri Mouellé), qu’il avait rencontré en France lors d’une de ses nombreuses mission de prospection. Il est important de préciser que la SEDA était une société d’État ayant tous les avantages et la protection des pouvoirs publics. Elle avait 95% des marchés publics donnés au gré à gré et seulement 5% étaient donnés aux appels d’offre et là encore, les architectes de la SEDA avaient l’autorisation de compétir. La vocation de la SEDA était d’étendre ses compétences dans la sous région dans les domaines suivants: Architecture et Urbanisme, Génie civil, Développement rural, et Finances et économie. Cette société avait été mise sur pied par la SNI (Société Nationale d’Investissement).

Architecte Soppo Mouellé, ONAC N° 40

En 1980, Soppo Mouellé prêtera sarment devant  Nsangue Akwa, Douala Bell et Armand Salomon (qui eu imaginé?). Armand Salomon (numéro 03 inscrit au tableau de l’Ordre National des Architectes du Cameroun) ayant appris qu’il est le neveu du défunt Moukouri Mouelle lui fait une offre d’emploi direct dans son cabinet, offre qui ne sera pas acceptée puisqu’il avait déjà été recruté par la SEDA (Société d’Études pour le Développement de l‘Afrique, créée en 1974). Aujourd’hui,l’architecte Soppo Mouelle qui fait la fierté de la famille Mouelle comme architecte, a séduit et continue de séduire de nombreux camerounais par son art et sa passion pour la profession, est l’un des doyens de cette corporation et porte le N° 40 au tableau de l’ONAC.

A la question de savoir quelle est sa définition de l’architecture, le doyen Soppo Mouelle peut répondre sans hésitation : »l’architecture est l’Art de maitriser, d’organiser des espaces de vie pour une vie agréable. C’est l’art de rendre un espace agréable à vivre. » C’est ainsi que partageant son expérience avec les plus jeunes et dans le sens de les encourager à tenir ferme face aux difficultés et mettre en exergue le coté transversal et flexible de la profession, il déclare : « Pendant les périodes de crise dans les années 80, j’ai fabriqué des meubles que je vendais dans les services publics et j’en ai chez moi à la maison. Des meubles designés par moi-même et fabriqués avec l’assistance des menuisiers. »

Armand Salomon, ONAC N°03 (Image titrée d’une vidéo de 2016)

[1] Entretien avec le Pr Ebenezer JOH MOUELLE (frère cadet de Moukouri Mouelle) et de Mme ETEKI (veuve de Moukouri Mouelle) à Yaoundé, le 18 février 2021.

[2] Entretien avec l’architecte Edouard DIN en 2019

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