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LE FO EN PAYS BAMILEKE

Par: Jean Paul NOTUE

Le Fo est l’arbitre suprême de tous les équilibres du groupe. Il a des pouvoirs très étendus mais non absolus comme on pourrait le croire de prime abord. Du « fondateur » de la chefferie au Fo régnant, l’autorité sacrée se transmet théoriquement par un rituel complexe d’initiation et d’intronisation. Si l’on considère que le Fo pour ses gens a un caractère divin, il n’est cependant pas un dieu.

L’autorité du chef vient aussi de son pouvoir économique et de sa position sociale privilégiée. Le Fo dirige la chefferie avec l’aide et en accord avec Si, l’être suprême, et les génies. De nombreuses croyances populaires font des Mfo des êtres exceptionnels et quelque peu mag1c1ens. Ainsi le Fo et le Foto’ peuvent, dit-on, se transformer à volonté en panthère, éléphant, buffle et redevenir homme en un instant. La panthère qui a semé la terreur dans la petite ville de Bangangté en 1983 était, dit-on, le Fo de Batchingou, récemment décédé, revenu tourmenter les vivants.

« Le fon est réputé faire, en compagnie de sa femme comme lui transformée en panthère, de longues courses de nuit dans la brousse »[1]

Le Fo est aussi le maître des éléments naturels, c’est pourquoi, dans l’intérêt du et en cas de nécessité, il doit intervenir auprès des génies des eaux (rivières, lacs), de la foudre, du vent et de la pluie. Ainsi une très grosse pluie suivie d’un arc-en-ciel entourant le soleil est l’annonce de la mort d’un grand Fo[2]. Ces faits ont pu être vérifiés pour la mort de Happi II, en 1981, à Bana et pour la disparition de Kamga II à Bandjoun. Quand le Fo meurt, on dit que « le feu s’est éteint ». On dit d’ailleurs que le Fo ne meurt pas vraiment mais qu’il s’éloigne pour laisser la place à son héritier désigné[3].

La grande case du peuple de la Chefferie supérieure Batoufam

« Un roi ne meurt pas, il revit, rajeuni dans son successeur. C’est ainsi que la vie ensevelit la victoire de la mort et en triomphe. Kamga II a vaincu la mort. »[4]

Le Fo est le chef religieux, le chef de guerre, le responsable de la justice coutumière, le gestionnaire du territoire, enfin le chef de terre, laquelle appartient en indivision à la communauté toute entière.

La réforme de la chefferie traditionnelle de nos jours, a fait du Fo un auxiliaire de l’administration. Les chefferies sont bien hiérarchisées en divers degrés.

Le Fo s’entoure d’une foule de serviteurs et possède un imposant trésor, essentiel pour son prestige. Ce trésor, lors des troubles ou des guerres, était l’enjeu de luttes acharnées, chacun s’efforçant soit de s’approprier les objets (trônes, statues d’ancêtres, calebasses perlées, etc.), soit à défaut, de les détruire, la plupart du temps par le feu.

Malgré ses pouvoirs incontestables, le Fo n’est en réalité que le porte-parole officiel des organismes politiques et religieux que sont les sociétés coutumières. Toutes les décisions importantes sont prises en conseil. Notons à cet égard, que tout manquement à la coutume peut mettre le Fo en difficulté. En réalité, il est tenu de jouer un rôle défini à l’avance et de s’y tenir exactement, sous peine de déchéance brutale.

Le Fo est enfin le symbole de la fécondité et de la prospérité du groupe. C’est pourquoi, avant d’être intronisé, il est tenu de prouv.er sa capacité à engendrer (il doit rendre enceinte une ou deux femmes mises à sa disposition pendant la réclusion initiatique) : c’est l’une des épreuves, et pas la moins importante au la’kam (« village-notable »).

[1] Adm. RIPERT, (1923). Ce fait est aussi confirmé par d’autres auteurs (cf. BEDJENG PIUS, 1984, The signification of royal symbols on Grassfields politics, Osaka, National Museum of Ethnology) •

[2] M. RAMEAU SOKOUDJOU, Fo de Bamendjou

[3] La signification profonde en est aussi que le fo en tant qu’institution ne peut pas « mourir » (disparaître) aussi longtemps que la société existe (cf. SOH BEDJENG (P.), 1986, « The transfer of power in the Moghamo political system ». Communication relative à une conférence sur les transferts des pouvoirs chez les peuples du Grassland, tenue à Bamenda en janvier 1986.

[4] Hommage à Kamga II de Bandjoun, Abbé Njougla, 1975

Source : La symbolique des arts Bamileke (Ouest-Cameroun) : approche historique et anthropologique

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