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Le FENDA célèbre le Ndop, tissu emblématique, spirituel, religieux, et ancestral des  Grassfields

Par : Edith Flaure MIPO TCHINKOU, Architecte – Urbaniste, Promotrice culturelle

Le textile Ndop a toujours été au centre de beaucoup d’attraction lors des cérémonies traditionnelles comme dans les grandes parades à l’international. Un styliste camerounais résident en France fait souvent mention de ce que le passage du Ndop lors des défilés de mode en Europe crée toujours beaucoup plus d’émulation. L’histoire toute particulière de l’origine et du processus de fabrication de ce textile, le mythe qui l’entoure, ainsi que le message qui en découle amènent à s’y intéresser à plus d’un titre. Parlant de la profondeur du message inscrit sur ce tissu, Sa Majesté Nayang Toukam Inocent, dépositaire de la tradition chéfale, le Fo des Batoufam déclare : «  Le Ndop est une lettre que nos parents nous ont laissés et dont nous n’avons même pas encore ouvert l’enveloppe.  C’est la somme de toutes les sciences qui nous entourent. 

Alors que les amoureux de la culture en général et les conservateurs de la culture grassfield en particulier ont toujours réclamé la reconnaissance de cette étoffe comme élément du patrimoine culturel immatériel, le Ministère camerounais des Arts et de la Culture a signé en date du 21 février 2020, un arrêté y afférant. Il s’agit bien de l’arrêté N° 20/0006/MINAC/CAB du 21 février 2020, portant éléments du patrimoine culturel immatériel du Cameroun.

Tout patrimoine étant appelé à être sauvegardé, quoi de plus évident qu’un festival autour d’un textile qui ne fait pas uniquement la fierté des peuples détenteurs, mais aussi celle de tout un continent ? Pour sauvegarder un patrimoine, il faut le rendre accessible, car dit-on, « un bien matériel lorsqu’il est partagé, se perd. Mais un bien immatériel lorsqu’il est partagé, se multiplie. » C’est donc le lieu de faire comprendre aux « fanatiques culturels » qui pensent que le Ndop doit être tenu secret et conservé, qu’en tant qu’élément culturel immatériel, il est appelé à être promu, tout en gardant son côté patrimonial et surtout spirituel.

Faire connaître au monde entier toute la richesse que regorge ce textile emblématique passe par une séquence de présentation rythmée de ses éléments constitutifs et caractéristiques. D’où l’idée du Festival national Ndop, Dérivés et Accessoires. Le FENDA est une rencontre annuelle des amoureux du textile Ndop et assimilés. C’est une occasion offerte pour la promotion et la valorisation des textiles Ndop, Nnem, Nsouo, … et tout autre textile ayant un rapprochement structurel et/ou linéaire avec le Ndop. C’est une occasion offerte pour la sensibilisation des uns et des autres sur nos valeurs ancestrales et un appel à la consolidation du vivre ensemble.

  • Historique et connaissance du Ndop

Le Ndop est une étoffe traditionnelle et rituelle des peuples des Grassfields (Nord-Ouest, Ouest, partiellement le Centre, le Littoral et le Sud-Ouest), qui de manière exceptionnelle, attise de plus en plus la curiosité, non seulement au Cameroun, mais aussi en Afrique et même dans le monde (il n’y a qu’à visiter les plus grands musées du monde pour le confirmer). Entre ceux qui pensent qu’il devrait uniquement être porté par les dignitaires et ceux qui déclarent que sa valorisation passe par sa vulgarisation et sa diffusion, émerge la nécessité de savoir  la raison du grand mythe autour de ce qu’on pourrait voir juste comme une étoffe. « Le Ndop est un tissu  ancestral sacré des peuples des Grassfields, révélateur des mystères de la création et du fonctionnement du monde, à travers ses mystérieux symboles ! »[1] Le tissu Ndop Grassland original fait partie des tissus teints artisanalement à la réserve. Son graphisme et son iconographie, obéissent à des codes.

  • Origine et histoire du Ndop

Le travail du textile dans les Grasslands apparaît comme une pratique ancienne, très antérieure à la pénétration européenne. « Du coton local dap khekwop au tissu dze nnem, en passant par plusieurs autres matériaux à base de fibres végétales, le textile n’a cessé de suivre une dynamique évolutive»[2]

Les premiers spécimens du Ndop seraient apparus entre le 15ème  et le 17ème  siècle. A cette période, on utilisait déjà un tissu du même type. Mais c’est à partir du 18ème siècle, que l’on voit apparaître de véritables tissus de Ndop. Le Nze Ndop constitue un élément essentiel dans la vie politique et culturelle des populations du Grassland en général, et celle des Bamiléké de la région de l’Ouest Cameroun en particulier.

« Le coton tissé en bandes et les tissus teints à l’indigo : ces produits ont également une origine septentrionale et ils ont remplacé les tissus en fibres végétales teintes en ocre, et les écorces pilées. La technologie est particulièrement avancée en ce qui concerne les célèbres batiks que les Bamoum et Bamiléké ont contribué à diffuser à la fin du XIXè siècle. Ces batiks sont exposés lors des funérailles ou à l’occasion d’autres manifestations publiques, et ils servaient aussi de pagne pour les notables et les chefs. Ils sont formés de bandes de coton cousues, sur lesquelles on a brodé des dessins géométriques. La pièce est plongée dans un bain d’indigo, et les broderies une fois enlevées laissent apparaître des traits blancs non teints. Cette technique des réserves brodées semble provenir des pays de la Bénoué. Elle est utilisée par les Abakwariga, populations apparentées aux Haoussa, les Djounkou, et les Tiv du Nigéria. La teinture à l’indigo, quant à elle, s’est diffusée à partir des Haoussa de Kano et des Kanouri du Bornou. Des teinturiers de ces ethnies étaient installés à Garoua et à Ngaoundéré à la fin du XIXè siècle, et à la même époque, le Sultan Njoya faisait creuser six fosses à teinture à Foumban par des artisans sans doute capturés en pays Banso à l’est de Bamenda.»[3]

  • Les techniques et les circuits de fabrication
Faire connaître le Ndop

Le dessin des motifs du Ndop sur le tissu en coton en provenance de Maroua (Extrème-Nord Cameroun)
Photographe : Emily PINNA

Les circuits de production du Ndop sont semblables à une chaîne dont tous les maillons se tiennent, les uns aussi important que les autres, qui répondent en gros aux descriptions de Harter[4]. Tout part de la culture du coton qui se fait dans le grand Nord Cameroun. Après la récolte du coton, vient le filage, ensuite le tissage des étroites bandes de tissu sur lesquels les motifs décoratifs sont dessinés par des artisans spécialisés. Cette étape traversée, la bande de tissu qui sera utilisé par l’artiste est mise à sa disposition.  Chaque bande est traitée séparément et ce n’est qu’après le défaufilage que deux, trois, ou quatre bandes sont collées bord à bord pour obtenir un pagne  aux dimensions désirées, ce qui  d’ailleurs était commandé par l’usage que l’on devait en faire. Il faut noter qu’on pouvait juger de l’influence du porteur du Ndop en fonction du nombre de bandes utilisées pour la confection de sa tenue. Ainsi « quelqu’un pouvait dire j’ai une tenue de X mains [5]».

  • Les accessoires du Ndop

S’il est vrai que le port du Ndop en pays Grassfield n’est pas l’affaire de tout monde, il est d’autant plus vrai que les accessoires qui vont avec ne sont pas anodins. Parler d’accessoire revient à parler de tous les autres éléments arborés par le porteur du Ndop, à savoir : les coiffes, les bracelets, les cannes, les rites d’anoblissement ou d’intronisation / sacralisation, les colliers, etc. Deux dignitaires peuvent arborer le même style de Ndop mais le style de chapeau, de collier ou de bracelet, permet aux initiés (connaisseurs) de savoir à quel cercle appartient chacun d’entre eux. D’aucun vont au point de dire que « le Ndop ne tue pas, mais le chapeau tue ». C’est dire que derrière le port du chapeau traditionnel en pays Grassfield, résident moult mystères.

Le FENDA sera une occasion de cerner les différences entre ces différents accessoires et permettre aux festivaliers de pouvoir faire la différence entre ces objets dans le futur.

[1] Fidèle TAGATSING, entretien du 20 novembre 2020 à Bafoussam.

[2] Jean-Paul Notué, Baham. Arts, mémoire et pouvoir dans le Royaume de Baham

[3] J.-C. BARBIE, Le peuplement de la partie méridionale du plateau bamiléké, in Colloques Internationaux du C.N.R.S. No 551. – CONTRlBUTION DE LA RECHERCHE ETHNOLOGIQUE A L’HISTOIRE DES CIVILISATIONS DU CAMEROUN

[4] Cité par Jean Paul Notué

[5] Entretien avec un notable à la cour royale Batoufam (Mbo’oh Pouoh », le 15 mai 2020.  La main parce que la largeur de la bande correspondant à l’écartement du pouce et de l’index.

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