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LE NDOP, MYTHIQUE TISSU RITUELLE ET TRADITIONNELLE BAMILÉKÉ EN DANGER!!!

Le Ndop encore appelé « Dze Ndouop » est le principal et le plus ancien tissu traditionnel et rituel Bamiléké. Les premiers spécimens du Ndop dateraient du 15e et 17e siècle. A cette époque, on utilisait déjà un tissu du même type. Ce n’est qu’à partir du 18e siècle que l’on a vu apparaître de véritables tissus Ndop dans sa configuration et sa décoration actuelle. Le Ndop, dans sa forme originale est un assemblage de bandes de coton cousues bord à bord. Les motifs géométriques blancs sur fond bleu indigo donnent son identité au Ndop. La richesse de ce tissu mythique se remarque non pas dans une variété de couleurs, mais dans le style et la combinaison des motifs et figures géométriques abstraites qui se détachent du fond bleu intense. Sur une toile de coton blanc l’artisan dessine les symboles géométriques et animaliers, porteurs de messages de fécondité, de sagesse et de longévité, caractéristiques du Ndop, qui sont ensuite cousus au fil de raphia. La toile ainsi travaillée est ensuite plongée dans un bain indigo pour lui donner sa couleur bleue si caractéristique. Après le séchage les coutures sont défaites et les motifs dévoilés.

Les motifs
Les motifs présents sur le Ndop revêtent tous une valeur symbolique.
La tortue : elle symbolise la sagesse, l’adresse et la prudence ;
La peau de caïmans : elle symbolise la force de l’union et la puissance royale ;
Les gousses de kola : elles symbolisent le partage et la solidarité ;
Les cercles : ils symbolisent la dualité qui existe chez l’homme Bamiléké entre les vivants et les morts. Car chez les Bamilékés, les morts sont en perpétuels communion avec les vivants ;
Les spirales : elles symbolisent la variété et la diversité. Les graines qui l’accompagnent symbolisent la fécondité.


Le Ndop, depuis sa genèse n’est pas un tissu pour monsieur tout le monde. Depuis des générations, son usage n’était réservé exclusivement pour des Rois, des reines, des notables et des sociétés secrètes. Celui qui portait ce tissu sans en être digne pouvait subir des malheurs. Lorsqu’il était porté, il était simplement noué autour de la taille. Décliné en jupes volantes, robes amples, ou autres tenues traditionnelles, la transmission de ce tissu mythique se fait de génération en génération et est arboré lors de certaines parades traditionnelles et rituelles par des Rois, reines, notables , mais également par des dignitaires justifiant d’un titre au sein de la communauté et d’un attribut traditionnel. Ornement des lieux de funérailles en pays Bamiléké, le Ndop est utilisé lors de deuils. Il sert même de linceul pour envelopper la dépouille des Rois et des notables pour leur enterrement. On décore de coupons de Ndop la place des cérémonies funéraires des personnages importantes et membres des sociétés secrètes.      

L’original est petit à petit substitué par la copie. On la retrouve de plus en plus sur le marché. Ce qui désacralise ce tissu mythique, patrimoine culturelle de tout un peuple.
La copie, moins élaborée, n’est plus faite d’étroites bandes épaisses, au fil grossier, cousues bord à bord et décorées de dessins brodés. On y a d’ailleurs ajouté des motifs qui ne figurent en aucun cas sur le tissu original. Son port se fait par n’importe qui, sans permission aucune encore moins de cérémonial. Nombreux sont ceux qui le confondent avec le tissu Ukara des Wakiri de l’Etat de la Cross river au Sud du Nigeria dont les motifs sont très proches de celui du Ndop. Le Ndop Bamileke se caractérise par le choix de motifs abstraits, celui du Nigeria par une figuration prenant pour modèles humains, lézards et léopards.

Le mythique tissu en coton a également quitté la cour des palais royaux pour s’imposer sur les podiums nationaux et internationaux de mode. Le bien connu styliste camerounais, Martial Tapolo, l’a utilisé pour une collection de vêtements en 2012. Des jeunes créateurs de mode locaux ne sont pas en reste. Chacun y va de son imagination. Hermès, la maison de fabrication française des produits de luxe vient de lancer une collection inspirée du Ndop, le mythique tissu traditionnel camerounais. Spécialisée, dans des domaines tels que la maroquinerie, la parfumerie, le prêt à porter, Hermès a misé sur une collection de foulard en soie inspiré du tissu traditionnel de couleur bleue et frappé de motifs codés de couleur blanche. Une fierté pour bon nombre de camerounais qui toutefois estiment qu’Hermès devrait verser des droits au Cameroun vue que le Ndop est un patrimoine culturel Camerounais. Il est temps pour l’Etat Camerounais d’inscrire ce bien sur la liste du patrimoine culturel national pour assurer sa protection.

   

Par Francky Kmy , Conservateur de Patrimoine.

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