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Le patrimoine architectural camerounais méconnu des camerounais

Par : Edith Flaure MIPO T., Architecte – Urbaniste, enseignante vacataire à l’Ecole nationale supérieure des Travaux publics (ENSTP) Yaoundé

Immeuble siège de la CNPS, conçu par l’architecte français Armand Salomon

Lorsqu’on fait une observation objective du paysage architectural au Cameroun pendant la période précoloniale, la période coloniale et la période post coloniale, on   peut dire sans risque de se tromper, que ce pays qualifié d’ « Afrique en miniature » regorge un nombre important d’édifices qui constituent la richesse de son patrimoine architectural.

 

 

 

Immeuble de la BEAC centrale, conçu par Ataub et Elemva

Cependant, on réalise avec tristesse que les responsables en charge de la sauvegarde du « patrimoine culturel tangible [1]» semblent ne pas accorder beaucoup de considération au « patrimoine architectural [2]». Il faut néanmoins reconnaître que certains architectes camerounais, en singleton ou en collaboration avec d’autres spécialistes des domaines connexes, ont fait un effort pour ce qui est de l’identification et de la vulgarisation de certains édifices remarquables dans les grandes villes camerounaises. On peut citer comme travaux:

  • le Minhdu a commandé le travail de recensement du patrimoine architectural camerounais, par un appel d’offres en 2014, et le travail aurait été réalisé par l’architecte Dieudonné Yissibi du Cabinet Archidia ;
  • il existe un autre travail réalisé par le Ministère des Arts et de la Culture, (« Inventaire au patrimoine architectural de Yaoundé (2015-2016)») avec le soutien du C2D, qui alimente dans une moindre mesure celui de L’UNESCO qui réunit le patrimoine mondial inscrit et à inscrire;
  • l’architecte Danielle Diwouta Kotto a fait un très bel ouvrage de référence intitulé: « Suites architecturales. Kinshasa, Douala, Dakar« .

Malgré cet effort qui reste très insuffisant, on peut se rendre à l’évidence que les écoles de formations en architecture au Cameroun ne possèderaient aucun de ces ouvrages qui devraient constituer un élément indispensable dans les programmes de formations. Comment peut-on être si fier d’être architecte camerounais, si on ne peut au pif citer au moins 10 édifices remarquables en donnant les noms des architectes concepteurs?

 

Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) conçu par le Cabinet Cauduc (Elemva – Essam – Akono)

N’allez pas demander aux habitants de Yaoundé qui est l’architecte du palais de l’unité, de la cathédrale notre Dame des Victoires, de la BEAC, de la CRTV, du monument de la réunification, de l’immeuble siège de la CNPS … Ah là ils peuvent dire qu’ils sont beaucoup plus jeunes que ces édifices! Demandez-leur qui est celui qui a conçu l’immeuble de la CAA, de l’Institut national de formation des formateurs, … Ainsi va la connaissance du patrimoine architectural au Cameroun, ancien ou ressent.

 

 

 

Immeuble de la CRTV, conçu par les architectes Joachim Überschaer (Allemand) et Edouard Din (Camerounais)

Il faut dire que l’ONAC (Ordre national des Architectes du Cameroun) avait ce projet sur la table à un moment donné. Il s’agissait pour cette structure en charge de la régulation du secteur de l’architecture au Cameroun, de «mettre à disposition cet inventaire sur le site de l’ONAC et de faire des mises à jour régulières[3]. » Triste est de constater que jusqu’aujourd’hui, rien n’a été fait. Que faut-il / qui faut-il pour impulser cette démarche qui serait très bénéfiques pour la nation et le continent ?

En marge des travaux susmentionnés, il est important, voir indispensable que les architectes camerounais et/ou l’ONAC en tant qu’ensemble se penchent véritablement sur cette question. Elle nous permettra de revisiter l’histoire de l’architecture au Cameroun, tout en mettant en relief les pans importants qui permettront à la postérité de bénéficier des actions présentes. Ce sera une autre manière d’inscrire en lettre d’or l’existence des architectes camerounais d’aujourd’hui dans l’histoire de demain, en puisant dans ce qui s’est passé hier et qui nous permet d’améliorer ce que nous faisons aujourd’hui.

Edith Flaure MIPO T.

[1] « Le patrimoine culturel tangible et intangible constitue l’identité culturelle d’une communauté. Dans chaque pays, la connaissance du passé est primordiale pour la construction d’un avenir basé sur une identité culturelle. De fait, la survie future et le dynamisme de la culture demandent un lien entre passé, présent et futur ». (La commission du Patrimoine de L’UNESCO).

[2] Le patrimoine architectural est l’ensemble des constructions humaines qui ont une grande valeur parce qu’elles caractérisent une époque, une civilisation ou un événement et que, à cause de cette valeur, nous voulons transmettre aux générations futures.

[3] M. Biwole, Architecte, Président de l’Assemblée générale de l’ONAC.

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