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Du pouvoir maléfique de la parole : le phénomène du « Tchop »

Par: Mgr Jean Pierre Youdjeu

Chez les peuples bamilékés de façon générale, nos paroles, nos actes et nos mauvais gestes témoignent contre nous et contre nos progénitures pour des générations et des générations. Tout bamiléké de pure souche, conscient de la puissance et du pouvoir du verbe, de la parole lâchée, prononcée dans de bonnes conditions ou dans des mauvaises circonstances (surtout dans une concession familiale ou un lieu sacré) ne serait pas étranger à ce genre de démon monstrueux né de la parole. Lequel sème désolation et ravage dans nos familles et toute la contrée bamiléké. (cf. le prologue de l’évangile selon St Jean). A propos et d’ailleurs, il est écrit que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de l’homme qui le tue, mais plutôt ce qui sort de sa bouche. Donc, la parole est une épée, un glaive, d’où la naissance du « tchop » né du fait de secouer sans cesse la poussière et la cendre de nos pieds, ou de ruminer sans cesse sa rancune contre autrui afin que cela témoigne contre ceux qu’on voudrait accabler.

Au commencement nous a confié un patriarche, le peuple Bamiléké était un peuple des migrants. Chaque jeune, devenu adulte, devait quitter ses parents pourExcavation d’un « tchop » à Fotouni s’établir ailleurs à la recherche d’une bonne parcelle de terre pour l’agriculture et l’élevage. A cette occasion, un rituel d’implantation de son arbre sacré devait avoir lieu. C’était là ainsi une sorte de bornage traditionnel puisqu’une pierre devait y être dressée et au bout d’un certain temps, un bon esprit devait obligatoirement se fixer et prendre possession de cet endroit. De l’huile et du sel devaient y être régulièrement versés. (Cf. Le livre de la genèse au chap. 28 verset 20-22, le livre des juges chap.6 :22-24).

Pendant la même émigration, il y avait la nécessité de créer un égrégore sacré bénéfique, devant servir de repères identitaires et aussi pérenniser et serrer les liens entre les membres d’une même famille ayant le même lien du cordon ombilical. On l’appelait « tchop vamtouo ». Ce « tchop » là avait un pouvoir illimité sur tous les membres du lignage du côté maternel jusqu’au moins la 4e génération ; et devait cesser d’exister après la mort du dernier membre du lignage. Ce « tchop » créé de toutes pièces a quelque chose de fâcheux en ce sens qu’il sévit et règne négativement sur la santé physique des membres du même cordon ombilical. Par la présence du sang rouge-vif et brut dans les selles, des tourments violents d’entrailles et aucun examen de laboratoire ne pouvant déceler la présence d’un microbe pouvant occasionner une telle pathologie. Conséquence, il faut décanter le « tchop » dans un coin de la concession ou même à côté de l’égrégore mère.

Il est souvent comparable à une sorte de termitière avec des grosses perforations bien polies en son sein. Et même des perforations sur des pierres et d’où émane souvent une sorte de gaz pestilentiels pouvant vous évanouir si vous le respirez frontalement. Sa couleur est soit noirâtre, soit blanchâtre, soit grisâtre ou rougeâtre selon qu’il est adulte avec des termites en son sein. Et en ce moment, n’importe quel individu de la famille peut être frappé mortellement. Mais avant cette dernière étape, les blocages de toutes sortes, la poisse, des échecs des pertes d’objet et des revers de fortunes lui sont attribués. A la question de savoir, si on ne pouvait pas l’éteindre définitivement le patriarche a ri. « Ah ! Ah ! Ah ! » et a dit « celui-ci a été créé dans un bon sens et il fait bien son travail. Seulement de temps en temps, il se fait ainsi ressentir et on doit seulement le remuer et le calme doit revenir. »

Après suit le « tchop touon diè ». C’est-à-dire de la concession en général, concernant tous les descendants d’un couple de famille de toutes les générations. Il a le même mode de fonctionnement et agit sans discrimination et sans exclusion sur tous.

Le trou principal du Tchop mela’a. Enfin il y a le « tchop mela’a ou tchop de la fâcherie ». Il ne connait ni haine ni amour. Il s’apparente ou s’identifie à la face obscure, ou à la colère des dieux. C’est le plus dangereux de tous les tchop qui existent. Il n’a pas été créé comme dans les deux premiers cas, on retrouve les traces de ce tchop dans les Saintes Ecritures : « Or, Jésus, ayant assemblé ses douze apôtres, leur donna puissance et autorité sur les démons, avec le pouvoir de guérir les malades ; puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et rendre la santé aux malades et il leur dit : ne portez rien en ce chemin, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez point deux habits ; et en quelque maisons que vous soyez entrés, demeurez-y et n’en sortez point. Bénissez-la ; et s’il y a là des personnes qui ne voudront point vous recevoir, sortez de la ville secouez même la poussière des vos pieds, afin que ce soit un témoignage contre eux. » Luc Chap., 1-6. Le tchop, véritable boîte de pandore, est créé de toutes pièces par le pouvoir de la parole maléfique. La colère, la puissance, le pouvoir, la hargne et la cruauté ainsi que l’absurdité de l’incantateur aidant, celui-ci prend forme et vit à l’instant où les paroles négatives et fétichistes sont prononcées avec gestuaire de la main, du pied de la canne où même en pissant au sol.

Cela devient même une question d’honneur pour ce démon maléfique pressé d’agir au plus vite pour accomplir la volonté de l’incantateur. Sa férocité et sa brutalité d’agir sont incalculables et insoupçonnés. Certains sorciers maléfiques et hâbleurs de nos campagnes que d’aller au cimetière (autre gisement d’énergie) ont compris très tôt que la puissance de nos forêts sacrées était mille fois plus puissante. Et c’est d’ailleurs ainsi que beaucoup de sortilèges et autres pratiques démoniaques, sur base des objets témoins de leurs victimes, sont souvent déterrés. On y trouve aussi des grosses chaines et des cadenas enterrés avec des pièces d’argent dans des canaris. Et même plusieurs générations après, le sortilège et tous ces maléfices sont intacts.

 

Autels en pierre des « lieux de Dieu » tsu'Ssi à Bansoa (Cameroun ...Ce fameux tchop mela’a agit de façon automatique et aveugle. Il cible n’importe quel membre de la famille, c’est telles les aiguilles du cadran d’une horloge. Lorsqu’il est minuit votre sort est scellé et n’est plus négociable. La mort est subite et imprévue, parfois violente. On le reconnait par une hémorragie nasale après la mort ; ou un écoulement blanchâtre de la salive moussante à travers la bouche ou les oreilles. Dans ce cas précis, si rien n’est fait, d’autres victimes peuvent suivre. Mais généralement lors des obsèques, une réunion de crise a lieu et cette question est à l’ordre du jour. Définitivement une collecte spéciale est ouverte et les devins de la contrée sont consultés pour leur expertise dans ce domaine là. Le « tchop mela’a » est éventré, exorcisé, conjuré, expurgé et exécré avant d’être jeté dans la rivière. Et on procède à un sacrifice expiatoire avec un rite de réconciliation et de purification de la face entre tous les membres de la même famille. Une mixture appelée veè,gne est savamment composée et consacrée ; et tous les membres de la famille se font des onctions aux plantes des 2 pieds dans le sens du derrière vers l’avant, moyennant une modique somme de 700 et 900 Frs par personne.

 

Mgr Jean Pierre Youdjeu

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