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LES REINES D’AFRIQUE : NDATE YALLA MBODJ (1810-1860)

Auteur : Kem Infos (Facebook)

Abritant une population de seize à vingt mille âmes, pour la plupart cultivateurs et commerçants, le Walo formait un bouquet d’îlots posés sur le fleuve. Grenier à mil de la région, cette contrée bénéficiait de vastes champs de riz et d’arachides, d’eaux poissonneuses, de riches pâturages et d’imposants troupeaux de bœufs, de moutons, de chèvres et de chevaux. Dans les jardins familiaux entretenus par les femmes, poussaient en abondance des cultures maraîchères, patates douces, courges, melons, tomates. Le fleuve représentait en outre une importante activité économique puisque le Walo en contrôlait la traversée grâce à son imposante flottille de pirogues affectée au transport des marchandises. Ainsi, les étrangers européens de passage dans cette région devaient fournir un impôt pour emprunter les voies fluviales et commercer avec les villages ; ce qu’ils commenceront à contester dès que s’affirmeront leurs intentions colonialiste sur le Sénégal.

Dans ce royaume, les femmes, sœurs ou mères de roi exerçaient un rôle influent, Ndete Yalla, s’étant substituée au Brak (roi) Mody Malick, jugé trop apathique pour faire face aux pressions extérieures, décida de prendre les choses en mains afin de mener une politique à la fois prudente et énergique afin de préserver la cohésion du territoire sur lequel s’étendait son autorité.

 

Pendant près de deux siècles les côtes sénégalaises avaient représenté l’un des enjeux les plus disputés pour le contrôle de la déportation des africains vers les Amériques. Portugais, Hollandais, Anglais et Français se sont combattu pour établir leur domination sur cette région qui leur servait de point de ravitaillement en esclaves et en matières premières. Lorsqu’il apparut que le fleuve pouvait servir de point d’appui à la conquête française et constituer un axe stratégique de pénétration de l’Ouest africain, la ville de Saint Louis se métamorphosa. D’entrepôt d’esclaves, elle devint une plaque tournante pour le pillage et l’exportation des produits tropicaux (or, épices, ivoires, gomme arabique, …) et l’introduction de fusils, poudre, alcool et pacotilles dans l’intérieur du continent.

Les ambitions françaises sur cette zone étaient donc claires : tuer tous les africains voulaient entraver leurs activités commerciales et freiner l’expansion coloniale. Des fortins armés furent donc édifiés le long du fleuve pour protéger les escales et faire passer le trafic fluvial sous contrôle français. Bien entendu, ces tentatives d’implantation se heurtèrent à l’hostilité des royaumes locaux qui y pressentaient la perte de leur souveraineté.

De leur côté, les Maures n’étaient pas du tout disposés à céder leur leadership à ces Blancs qui venaient les concurrencer directement dans le pillage très lucratif des produits. Chaque année à la saison sèche, ils quittaient la Mauritanie voisine et traversaient le fleuve pour aller razzier des villages sénégalais dont ils vendaient les habitants sur les marchés d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Lybie …). Se faisant plus menaçants envers les populations noires pour les empêcher de privilégier les échanges avec les Blancs, ils accentuèrent aussi leur pression sur les Européens qu’ils rançonnaient aux escales ou dont ils arraisonnaient les caboteurs chargés de marchandises. Ces tensions étaient en fait inévitables du fait de la coexistence, sur un même créneau (esclaves, or, ivoire, gomme arabique, etc.). Le commerce esclavagiste arabe, dirigé vers le Maghreb et le moyen Orient, n’était plus de taille à lutter contre la déportation d’esclaves contrôlée par les Européens entre l’Afrique et l’Amérique.

La reine Ndete Yalla , qui vivait sur un grand îlot bordé par le lac Paniefoul était bien consciente des convoitises que suscitait son royaume. « Nous n’avons fait de tort à personne, écrivit-elle en 1847 au gouverneur colonialiste de Saint-Louis. Ce pays nous appartient et c’est à nous de le diriger. C’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays. Saint-Louis appartient au gouverneur, le royaume du Cayor appartient au Damel (titre royal) et le Walo appartient au Brak (titre royal). Que chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon lui semble. »

C’est vers cette époque, plus précisément en septembre 1850, que lui rendit visite l’Abbé David Boilat, un métis colonialiste franco-sénégalais, missionnaire de son état.

La reine le reçut dans sa concession, entourée de ses dames de cour. Vêtue d’une robe de couleur vive brodée de fils d’or et portée sur un pagne chamarré, elle fumait une longue pipe noire. Ses cheveux tressés et ornés de pépites d’or étaient enserrés dans un foulard noué en cône, très haut sur la tête. Sur le buste s’entremêlaient des colliers en or et des amulettes recouvertes de cuir. Elle leva la main en signe de bienvenue, faisant cliqueter les bracelets torsadés assortis à ses boucles d’oreille en or et ses bagues serties d’ambre et d’agate.

A l’approche du visiteur, d’une voix légèrement voilée, la reine invita le missionnaire à prendre place face à elle. Elle lui posa de nombreuses questions sur le rôle des missionnaires et sur les modes de vie en France, les types de gouvernement et les activités économiques. L’interprète traduisait avec rapidité. Le Marosso Tassé Diop, époux de la reine, se montra quant à lui curieux des forces militaires dont disposait cette puissance coloniale et des dernières inventions européennes en matière d’armement.

Pendant près de dix ans, Ndete Yalla parvint à maintenir son royaume dans une paix illusoire. Mais les frictions ne cessaient de se multiplier avec le comptoir de colons français à Saint-Louis du fait notamment de conflits fonciers dus à l’appropriation intempestive par des planteurs français de terres appartenant à ses sujets. De plus, face aux avancées progressives de l’armée coloniale dans la région, les commerçants de Saint-Louis commençaient à refuser de payer les redevances dues au Walo pour se déplacer sur le fleuve et commercer sur ce territoire. Privé d’un impôt indispensable, le pays s’engagea sur le chemin de la résistance. Dans une lettre très ferme au gouverneur de Saint-Louis, Ndete Yalla exigea l’évacuation des parcelles autour de la ville coloniale et relevant de sa souveraineté. Elle interdit en outre tout commerce européen sur les escales de son royaume.

C’est l’occasion que saisira le chef de bataillon de génie Louis Faidherbe, qui venait d’être nommé gouverneur du Sénégal. Arrivé à Saint-Louis en 1854, ce polytechnicien très grand ami de Victor Schoelcher (chantre de la l’abolition de l’esclavage). La révolte de la reine Ndete Yalla lui offrait donc un prétexte pour défaire le récalcitrant Walo, s’emparer des royaumes voisins du Baol et du Cayor et tenter un coup de force décisif contre les Maures qui s’étaient mis à soutenir la fronde des chefferies locales.

Par un petit matin de février 1855, il quitta Saint-Louis, armé de puissantes canonnières et d’une colonne de milliers de soldats, dont un corps de militaires africains enrôlés pour combattre leurs propres frères.

Faidherbe nomma ses soldats tirailleurs sénégalais. Dans les villages proches de Saint-Louis, les tam-tams de guerre se mirent à battre précipitamment pour prévenir les gens du Walo de l’expédition qui se préparait. En dix jours de marche, Faidherbe, pratiquant la politique de la terre brûlée qui lui avait réussie en Algérie, dévasta tout sur son passage malgré la vaillante résistance des guerriers du Walo.

Les troupes coloniales françaises incendièrent vingt-cinq villages, pillèrent les récoltes, capturèrent de nombreux troupeaux de moutons, d’ânes et de chevaux. Et emportèrent, selon la comptabilité méthodiquement établie par l’intendance militaire, deux mille bœufs étaient destinés aux Blancs de Saint-Louis qui craignaient de manquer de lait et de beurre. Sentant sa cause perdue, après plusieurs mois de résistance Ndete Yalla trouva refuge dans le Cayor où elle tenta d’organiser une seconde résistance avec son fils Sidia. Mais, brisée par le chagrin, c’est dans cet exil qu’elle mourra en décembre 1856, après vingt-deux ans de règne.

 

  • http://www.lisapoyakama.org/ndate-yalla-mbodj-la-reine-wol…/
  • http://reinesheroinesdafrique.doomby.com/…/ndate-yalla-mboj…
  • http://www.sengenre-ucad.org/TexteNdate.htmhttp://
  • http://www.savoiretpartage.com/…/ndate-yalla-mboj-la-reine…/

Cet article a été copié sur le profil Facebook de « Kem Infos » le 15/10/2019. Il y a été publié le 16 février 2019.

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