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Lydia Mengwelune (1886 – 1966), la danseuse du Roi NJOYA

Foumban vers 1911
L’histoire de Lydia Mengwelune (1886 – 1966), la danseuse du roi.

Auteur: Cameroun Rétro – Photos du passé

Née en 1886 dans une grande famille noble du quartier Njiyouom de Foumban, deuxième fille d’une fratrie de 17 enfants. Son père Nji Mofen était un noble exerçant les fonctions de chef des serviteurs de No Pemboura, sœur de Ngungure, la mère du roi Nsangou, qui était le père du roi Njoya. Sa mère Mandu était cousine du roi Njoya dans sa lignée paternelle.
Elle se signale précocement par une beauté et une intelligence hors du commun, qui attirent l’attention du roi. D’abord fiancée à un général, qui disparaît suite à une disgrâce, elle entre sous la protection de la reine mère, No Njapdunke, puis se retrouve concubine du roi Njoya (1860-1933). Elle devient sa favorite.
Pratiquant avec aisance l’art de la conversation, danseuse émérite, Lydia bénéficie de la faveur royale. Elle est au centre des attentions, mais s’attire aussi des jalousies tenaces.
C’est le temps où la colonisation européenne s’affirme. Des missionnaires venus de la Mission de Bâle commencent lentement à diffuser l’Evangile en pays Bamoun (1905-1915). Touchée par l’enseignement chrétien entendu à Foumban, Lydia obtient du roi Njoya un changement de statut. Elle ne sera plus désormais concubine royale, ni « danseuse du roi », mais donnée comme épouse de Nji Wamben, un noble au service du roi.
Lydia devient catéchumène. Elle prie, lit la Bible, écoute avec une vive attention l’enseignement chrétien. Son comportement change. En 1909 elle reçoit le baptême à 23 ans. C’est alors qu’elle prend officiellement le nom de Lydia.
Elle va rapidement en payer les conséquences sociales, dans un monde Bamoun où le christianisme est ultraminoritaire. Victime des brimades et des brutalités de son mari, elle perd une partie de son statut social et souffre dans sa chair.
Le départ des missionnaires allemands en 1915 aggrave sa situation. Les récits biographiques et correspondances de l’époque insistent sur la persévérance tenace de Lydia, qui impose peu à peu le respect autour d’elle par le calme stoïque dont elle fait preuve devant les humiliations subies.
Sur cette photographie célèbre de Lydia qui a été prise vers 1911-1915 par la missionnaire suisse Anna Wuhrmann exprime visuellement la dignité et la fermeté attribuées à cette chrétienne alors isolée, stigmatisée pour sa différence.
Les bouleversements géopolitiques engendrés par la Première Guerre Mondiale conduisent la Mission de Paris à assurer le relais protestant. Elle s’implante en pays Bamoun. Le pasteur français Elie Allégret (1865-1940), après une visite à Foumban en 1917, envoie un instituteur chargé de mettre en place un conseil d’anciens.
Lydia est appelée à siéger au milieu du conseil. « Une femme siégeant au conseil des hommes ! Et avec le même droit de vote ! Une femme, un être si méprisé chez les païens ! C’était inouï ! Mais ces chefs de la communauté avaient vu juste et avaient fait un bon choix.”
Dans une société qui change et s’ouvre, Lydia, restée sans enfant, va peu à peu infléchir les rapports de force. Alors que l’islam s’implante aussi, elle incarne avec détermination et constance un style de vie chrétien. Elle développe un témoignage en parole et en actes qui aboutit en fin de compte à la conversion de nombreuses femmes, mais aussi de son mari (un temps devenu musulman).
Ancienne, catéchiste, évangéliste, Lydia prêche par l’exemple. L’église a eu et continue d’avoir des anciennes, mais celle dont nous parlons maintenant est une ancienne par excellence. Elle visite les églises des quartiers et y donne des bons conseils aux catéchistes, aux catéchumènes, et aux chrétiens. Elle sait consoler les frères affligés. Elle a nourri des enfants orphelins qu’elle a acceptés volontairement. Beaucoup de femmes de catéchistes ont été éduqués par elle », lit on dans les archives de la smep
Respectée et écoutée dans toute la région, elle devient peu à peu une icône du christianisme Bamoun, alors qu’elle apprend peu à peu le français, langue des nouveaux colonisateurs.
En 1931, la région Bamoun compte 31 postes de prédicateurs et 35 lieux de culte. La progression du christianisme se poursuit, et Foumban compte aujourd’hui une megachurch – Ndaambassie- de 14.000 fidèles.
Pour les chrétiens de la région, Lydia est restée une référence fondatrice. Au-delà de sa personne, elle représente un idéal d’acculturation douce du christianisme au début du XXe siècle, dans une société polygame et multi -religieuse marquée par la domination des hommes.
source site regardsprotestants.

Bibliographie

Francis Grob, Témoins Camerounais de l’Evangile (les Origines de l’Église Evangélique) (Yaoundé : Editions CLE, 1967).

Alexandra Loumpet-Galitzine, Njoya et le royaume Bamoun. Les archives de la Société des Missions Evangéliques de Paris (Paris : Editions Karthala, 2006).

Mfochive Joseph, Lamere Moise, Peshandon Rodolphe, *Quatre vingt ans de christianisme en pays bamoun *(Foumban, 1986).

Henri Nicod, La danseuse du roi (Neuchâtel : Delachaux et Niestle, 1950).

Anna Rhein-Wuhrmann, Fumban die Stadt auf dem Schutte, Arbeitbund Ernte im Missionsdienst in Kamerun (Basel : Basler Missionsbuchhandlung GmbH, 1948).

——–, Au Cameroun, Portraits de Femmes, traduit de l’allemand par Mlle. E. Lack (Paris : Sociétés des Missions Evangéliques, 1931).

Jap Van Slageren, Les origines de l’Église Evangélique du Cameroun. Missions et christianisme autochtone (Leiden : E. J. Brill, 1972).


Cet article a été copié le 14 octobre 2019, sur le mur de Cameroun Rétro – Photos du passé (Facebook). Il est une synthèse de l’article reçu par l’Regards évangéliques en 2008, produit des recherches du Révérend Robert Adamou Pindzié. Celui-ci est professeur à la Faculté de Théologie Evangélique du Cameroun à Yaoundé et récipiendaire de la bourse du Projet Luc en 2007-2008.

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