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   Si vous posez la question de savoir ce qui caractérise Batoufam sur le plan des danses patrimoniales, plusieurs vous parleront en premier de la danse guerrière appelée « Meudjouock ». Or c’est une danse qui fait surface à Batoufam vers le début du XXème Siècle. Il faut donc noter que Batoufam, comme la majorité des villages des Grassfield, regorge de nombreuses danses patrimoniales, chacun ayant sa spécificité sur le plan social, cérémoniel, vestimentaire, etc. Cependant, plusieurs de ces danses sont aujourd’hui en voie de disparition, ceci pouvant s’expliquer par une raison ou une autre. Ne pouvant pas faire une revue assez globale, l’analyse de quelques danses sera au centre de l’intérêt de ce travail. 

A – Un aperçu général sur les danses patrimoniales de Batoufam

Contrairement à la perception générale qui voudrait qu’on parle de Batoufam beaucoup plus en termes de Meudjouock, il existe une panoplie de danses patrimoniales dans ce « petit village au grand cœur ». On peut citer entre autres, les danses suivantes : Meudjouock, Lèly, Ndock Ndèdji,  Metioh, Ndjip Meudjouock, Meugue’h Souh, Nkwack Djuffo, Nkouodjank, Ngwèh, Ngo’ogue, Hwep Kapze, Hwep Nje, Nkenèh, Lock Ndèdji, Metche, Nzouh, Kack, Ndoupse Gnouoh (berceuse), Mbetouh, Shebonk nouh (Ngoua Ntep ntep) etc.

Avoir les informations requises sur toutes ces danses nécessite un travail de terrain de fond. La présentation sera faite en fonction des informations reçues des différentes enquêtes de terrain (Batoufam, Yaoundé, Douala).

LE MEUDJOUOCK[1]

C’est une danse guerrière Bamiléké exécutée par les hommes censés protéger le village contre les envahisseurs. De source orale et concordante, cette danse tire ses origines de Bamendjou, et arrive à Batoufam vers le début du XXème Siècle.  Les fondateurs de cette danse patrimoniale à Batoufam sont :

  • Nwebo Soup ZICVECK
  • Nweffo TOUKAM
  • Nganang ZESSEU.

Tous princes de la 10ème dynastie NANKAP,  c’est au retour de Nwebo Soup ZICVECK d’une cérémonie à Bamedjou, et après avoir apprécié les pas du « Pouh Meudjouck », qu’il décide alors d’implanter cette dance à Batoufam, et s’associe avec ses deux frères pour cette entreprise. C’est alors que Nweffo TOUKAM est désigné comme président des jeunes (Noumi Chi). Il sera secondé dans cette tâche par son frère NGANANG ZESSEU. Il faut noter qu’en dehors des « Noumi Chi » destinée au plus jeune, il y’a le Meudjouock proprement dit.

A cette époque, il existait au moins 06 foyers de cette danse dans le village, l’objectif étant son extension et sa vulgarisation sur tout le territoire.

[1] Meudjouock signifie littéralement « Hautes épines ». Ceci explique pourquoi c’est une danse guerrière, des personnes prêtes à défendre le peuple contre l’ennemi.

I-1. LE ROLE SOCIETAL DU MEUDJOUOCK

C’est une danse qui mettait un accent sur l’entre-aide. Lorsqu’un membre avait son terrain, tous les autres membres venaient l’aider à construire, qui, avec la paille, le bambou, … Tous mettaient la main pour construire la haie vive (clôture en bambou) et la maison de ce membre à l’honneur. La maison en cette époque était construite en terre battue[1]. Dans la concession, on plantait également les rejetons de bananiers. Ceci créait au sein du groupe, une sorte de dynamisme sans pareil. Il faut noter qu’elle s’éloigne de plus en plus de ce rôle qui faisait l’une de ses particularités.  Jean-Pierre BECUIN, Michel KELT et al (1952), parlant du « génie organisateur » comme l’un des caractères les plus frappants chez les Bamiléké, cite  le Meudjouock comme une «  Coopérative de construction »[2]

I-2. LES CONDITIONS D’ADHESION

L’adhésion à ce groupe passait par une enquête de moralité. Une fois jugé qualifié, l’intéressé devait apporter comme timbre, 05 bidons de vin de raphia et un pagnier d’arachides non décortiquées, le « Féféh ngouack[3] » (le sel attaché dans les feuilles et séché au grenier). Une chaise lui était alors attribuée dans cette « confrérie ».

Sur le plan coutumier, lors des funérailles, leur plantain (Kodrè) se servait dans une corbeille (Tock gwui), emballée avec les feuilles de bananiers et attachée. La remarque à faire est que tous n’avaient pas qualité d’ouvrir cette corbeille. Pour le faire, il fallait avoir déjà fait les funérailles d’au moins un de ses parents.

Le contrôle était vraiment stricte  et il fallait danser le visage couvert et arborant le long chapeau.

[1] M. TCHATCHOUANG Jean-Paul, entretien de février 2018  à Batoufam, quartier Kamkeu.
[2] Jean-Pierre BECUIN, Michel KELT et al (1952), L’Habitat au Cameroun, (présentation des principes types de l’habitat. Essai d’adaptation aux problèmes actuels.) Edition de l’Union française.  P79
[3] Féféh ngouack en langue nda’nda, renvoie à du sel  attaché dans les feuilles de bananier et séché au grenier pendant une durée indéterminée. Il est aussi utilisé dans d’autres cérémonies traditionnelles dans le village.

Le guerrier faisant allégeance au Roi, ici le général de l’armée.

  • Du Ndip Meudjouock au Meudjouock

   Les Ndip Meudjouock étaient de vrais guerriers. Ce sont eux qui ont effectivement mené les guerres de défense à Batoufam. Même si aujourd’hui on parle du Meudjouock comme étant une danse guerrière, il faut dire que cette danse qui arrive à Batoufam sous Foh FOTSO, n’a mené aucune guerre de défense à Batoufam. Le Meudjouock vient donc comme une continuité du Ndip Meudjouock, et est aujourd’hui son schéma représentatif. Le premier chant du Meudjouock se fit au marché de « Pa’ah Mveck », et il faut dire que ce nom n’est pas anodin dans l’histoire des guerres de défense à Batoufam. C’est le Meudjouock qui fait aujourd’hui l’identité de Batoufam. Le Meudjouock est aujourd’hui la marque identitaire du peuple Batoufam. dans le souci de communier avec son peuple et de veiller à la sauvegarde de ce patrimoine culturel immatériel, Sa Majesté NAYANG TOUKAM Inocent, Roi des Batoufam, danse au rang du Meudjouck chaque 26 décembre, et ce depuis 4 éditions déjà.  

  • LE NDOCK NDEDJI 

   Le Ndock Ndèdji est une danse patrimoniale pratiquée à Batoufam depuis plusieurs dizaines d’années. Elle est originaire du Noun, de l’expression « NDADJI » qui signifie « la maison des nobles »[1]. Cette danse est importé à Batoufam par le regretté KOUOMO Samuel (qui recevra plus tard les attributs de WEBO MBO’O NGOUOCK, de Fo FOTSO), le « Ndadji » est transformé en « Ndock Ndèdji ». Le « Ndock » n’est rien d’autre que le bambou de Chine (la flute), bien taillé, auquel sont attribués les sons qui renvoient à des cris d’oiseaux. Il faut noter que l’arrivée de cette danse à Batoufam n’est pas hasardeuse. « Alors que FO FOTSO était allé à une célébration à Nkongsamba, il va alors remarquer sa prestance dans le rang de danse du « Ndock ». C’est alors qu’il va lui demander de venir le voir au village. Il faut noter qu’il était de la même classe d’âge [2]». Ceci se passe vers le début du XXème Siècle. En ce moment-là, il jouait avec beaucoup de dextérité des instruments de musique à l’exemple de celui fabriqué à partir d’un demi-fut perforé laissant transmettre des sons bien distincts et le Ndock (flute). Il va donc rentrer voir le Chef à Batoufam quelque temps après.             C’est alors qu’il va lui donner une concession à Mbé, ainsi que trois (03) de ses filles pour épouses, et ce le même jour. C’est encore lui qui lui donnera le titre de Webo Mbo’o Ngouock, ceci pour sa bravoure et son art musical.  Il faut noter que dans la culture Bamiléké, le fils ne doit pas avoir un Titre de notabilité supérieur à celui de son père. Mais il en a eu, alors que son père était resté WEBO.   [1] Nous explique KOKO KEUMEGNE, Artiste peintre et sculpteur, fils du fondateur. [2] Témoignage de maman MEGAPTCHE Thérèse, dont le nom de notabilité est « Meffo TOUKAP », fille de Fo FOTSO, épouse de WEBO MBO’O NGOUOCK

Fondateur du Ndock Ndèdji

    Chercheur et musicien, il va combiner ses sons au « Ndadji » des Bamouns pour créer le « NDOCK NDEDJI ». La combinaison des instruments de musique donne les sons (expression des cris d’oiseaux) qui deviennent une trance. Cette danse est perçue comme un voyage astral, un parcours exotérique.

   Lorsque les danseurs doivent prester à un grand deuil, à 5h, il y’a une rituelle du « Nguip Ndock » (la poule du Ndock) qui est faite. Elle consiste à bruler une poule sans le déplumer et les musiciens se l’arrachent et la mange encore avec du sang. C’est une danse qui s’adresse à nos âmes. Leur vêtement noir et blanc symbolise le Corbeau. A l’époque, le fondateur l’achetait au Nord.

   Il faut noter  que FOH  FOTSO était aussi un très grand musicien. Les deux musiciens étaient dans une symbiose incroyable. Il arrivait que FO FOTSO fasse croire qu’il est allé en France alors qu’il était chez Webo Mbo,o Ngouock, même pour un mois. Il le considérait comme son alter égo. Parlant de l’amitié que le roi lui portait, Webo Mbo,o Ngouock dira un jour à l’un de ses fils : « FO FOTSO m’a tellement aimé que j’ai eu peur ».

            Nous reviendrons sur les autres danses patrimoniales du Royaume Batoufam, pour présenter sa pluralité et sa diversité. Il serait important de faire revivre celle de ces danses qui sont de nos jours en train de disparaitre.

Sources :

  • Jean-Pierre BECUIN, Michel KELT et al (1952), L’Habitat au Cameroun, (présentation des principes types de l’habitat. Essai d’adaptation aux problèmes actuels.) Edition de l’Union française. P79

Auteur :

Edith Faure MIPO T., Architecte-Urbaniste et Promotrice culturelle

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